Non contents de notre petite balade à Cilaos, nous avons décidé de corser légèrement l'affaire en effectuant l'ascension du Piton des Neiges.
Alors je rappelle les faits, nous sommes deux ptits zoreilles, absolument pas habitués à marcher, encore moins à grimper, et notre promenade la plus longue depuis notre arrivée sur l'île devait
durer 1h!!
Nous préparons le matériel la veille :
- chaussures de randonnées, ca parait indispensable, ceci dit on a croisé quelqu'un qui montait en tongs!!
- polaire + K way, là haut il ne fait pas chaud!
- Provisions de survie! Sandwichs et fruit secs pour donner de l'énergie
- Bouteille d'eau qu'on tiendra à la main, suivant les conseils de Rose My, ainsi je prend plus facilement le réflexe de boire, plutot que d'attendre d'avoir vraiment soif pour s'arrêter et se
choper un point d ecoté.
- Lampes frontales, car nous partons de nuit.
3h du matin, réveil. C'est pas franchement une rigolade, la veille nous étions partis manger chez des amis, nous avons du nous coucher vers 23h!
Petit déjeuner en speed, nous arrivons à 3h45 aux blocks, le point de départ de la randonnée.
Allez, petit étirement, je baille un grand coup, encore toute engourdie de sommeil et nous partons à travers la forêt rejoindre le sentier.
Quelques minutes plus tard nous sommes sur le sentier, et nous voilà à grimper des marches.
Et puis des marches, et encore des marches!
Pendant le premier quart d'heure je sens à chaque marche que je vais abandonner et redescendre à la voiture!
Je ne me vois absolument pas monter des escaliers pendant 4h!
Je souffle comme une bufflonne, les marches sont hautes, j'ai l'impression de faire un mélange de cross et de steps!
La seule chose qui me permet de continuer d'avancer, c'est que j'ai trop peur de regretter si j'abandonne.
Et puis je suis en tête, avec ma petite lampe frontale, j'ouvre la marche, et je trouve ca plutot rigolo d'être en éclaireur!
Et peu à peu, alors que je continue toujours de souffler comme une bufflonne et de payer mon manque de sport à chaque marche, peu à peu, j'oublie l'idée de faire demi tour.
Au bout d'une heure de marche, je prend enfin le rythme, tandis que l'ascension se fait plus douce.
Encore et toujours des marches, evidemment, mais il y a aussi entre deux lots d'escaliers de terre, quelques mètres de sentier plat. Ils ne durent jamais très longtemps, mais me procurent un répit
inespéré!
Peu à peu, je vois les lumières du village Cilaos qui ont l'air de s'éloigner et qui se font plus petites.
Je vois aussi que le sentier m'a l'air plutot étroit par endroits, et du coté du ravon je ne vois que le noir sidéral de la nuit!
Je n'ai pas particulièrement le vertige, encore que..., mais là, je deviens tout à coup très reconnaissante envers mon frère de nous avoir fait partir la nuit, parce que je me dit que si j'avais pu
voir le vide qu'il y avait en dessous, je ne serais jamais passée!
Vers 5h30, le soleil commence à se lever.
Mon frère est un peu déçu de ne pas être arrivés plus haut pour pouvoir l'admirer, mais bon, tant pis.
Et puis au bout d'un temps, mon frère nous montre le haut du col que nous gravissons.
Derrière ce col se trouve le gîte, qui accueille les randonneurs qui font l'ascension en deux fois.
Ce me rassure et m'effraie à la fois : le sommet de ce col ma parait bien trop loin, mais d'un autre coté, nous arrivons bientot! Enfin!
Finalement, nous arrivons assez facilement en haut du col, et le paysage qui se découvre avec le jour est magnifique.
Arrivés en haut, nous voyons enfin le gîte, posé comme une fleur au milieu de nulle part, en haut d'un plateau, point de rencontre pour tous les randonneurs.
Nous y faisons une petite pause, le temps de grignoter quelque chose.
Il est à peu près 7h. Nous avons mis 3h pour faire cette première partie de la randonnée, ce qui correspond au temps préconisé, et je suis déjà fière de l'exploit que ca représente pour moi!
Pour la dernière partie de l'ascension, il est écrit sur les panneaux de bois qu'il faut compter une heure et demi pour arriver au sommet.
Une heure et demi, me dis-je, c'est du gâteau, je viens d'en faire deux fois plus, et je me sens bien en forme pour continuer.
Nous repartons donc.
Le souci , c'est que là, c'est fini les escaliers de terre soutenus par de jolis petits rondins de bois!
Moi qui les ai maudits ces trois dernières heures, je les réclame maintenant!
La dernière partie de l'ascension, ce sont de gros cailloux partout!
Des rochers gris clairs, tachés de peinture blanche pour suivre le "chemin", si on peut appeler ca ainsi, car moi ca n'est pas l'idée que je me faisais d'un chemin!
De la caillasse de toutes tailles, du gros rochers au petit caillou, de quoi se tordre 20 fois la cheville!
C'est très désagréable, à chaque pas il faut tater le terrain, voir le sol ne va pas se dérober sous mes pieds, et mes pieds partir avec!
Etrangement, Matthieu semble à l'aise avec ce terrain, et commence à tracer sa route.
Mon frère et moi gardons le même rythme, il commence à avoir mal au genou, ce qui le ralentit, et le ramène à ma cadence.
La vue est dégagée, à cette altitude, point de grands arbres, mais des petits buissons et des lichens.
Du coup, la peinture blanche sur les rochers se voit de très loin, et nous voyons le chemin que nous avons à parcourir jusqu'en haut du col.
Et on se dit qu'après le col, nous allons voir le sommet du Piton, mais arrivés en haut, le chemin redescend pour remonter sur un autre col!
C'est pas terrible en fait ces marques blanches, moi ca me décourage de voir à chaque fois ce qui m'attend!
Et Matthieu est parti bien au loin.
La vue est bien dégagée, mais je ne le vois plus.
Je commence à m'inquiéter. Et à avoir faim aussi. Et évidemment, il est parti avec le sac de provisions!
Ca devient très pénible pour Benoit et moi.
Benoit commence vraiment à souffrir de son genou, et le terrain ne l'aide pas, et moi je souffle et j'ai l'impression d'être une grand mère!
Le courage me quitte.
D'autant que nous mutiplions les cols, espérant à chaque fois en voir le bout, mais à chaque fois, c'est un nouveau col qui nous attend!
Et puis enfin, arrivant en haut d'un énième col, nous voyons au loin sur le sommet, une sorte d'antenne.
Ce doit être là!
Pas de doute!
Sans doute une croix comme nous en voyons en France sur les sommets.
J'oublie de dire que nous croisons beaucoup de randonneurs qui redescendent. Ils sont partis à la même heure que nous, mais du gîte.
Et leurs nouvelles ne sont pas bonnes, apparemment, les nuages sont de la partie.
Mais leurs petits mots d'encouragement fonctionnent, arrivés si près du but, c'est pas le moment d'abandonner!
Nous nous dirigeons donc vers cette antenne, qui nous parait proche, sauf qu'on a beau marcher, elle n'a pas l'air de se rapprocher des masses!
Le terrain est plus agréable, à présent ce ne sont plus que des morceaux de rocaille sous une terre rouge.
Enfin il faut rester vigilant, une cheville, c'est vite cassé!
Nous multiplions les pauses.
Cette fichue randonée nous parait intemrinable!
Et je commence réellement à avoir faim, un peu de sucre me redonnerait bien des forces. Et Matthieu est toujours invisible. Je suis inqiuète en même temps que je le maudit!
Quelle idée de partir aussi loin devant avec toutes les provisions!
Et alors que nous nous arrêtons encore, je regarde au loin l'antenne, qui s'avère être une antenne météo, et à gauche, beaucoup plus à gauche, je vois une silhouette, qui m'est familière!
Il est arrivé!
Enfin, mes inquiétudes s'envolent, par contre, je suis toujours en colère contre lui!
Mon ventre proteste sérieusement!
Nous finissons enfin, après un temps qui nous parait interminable par arriver à l'antenne météo!
Nous observons un peu le paysage qui s'est légerement dégagé.
Mais il nous reste encore à rejoindre Matthieu.
Le vent souffle fort, ce qui parait normal, vu que nous sommes au sommet, rien ne peu l'arrêter ici! Et il fait surtout froid!
Alors que l'on transpirait il y a quelques jours sous plus de 30°C, là il ne doit pas en faire plus de 5°C.
Et enfin, après les derniers mètres d'efforts, nous rejoignons Matthieu qui nous attends, guilleret!
Nous avons mis deux heures pour arriver ici. Nous voilà enfin à 3070m d'altitude, le point le plus haut de la Réunion.
J'observe le paysage magnifique qui s'offre à moi pendant 15 secondes, et je m'asseois, épuisée.
Si j'avais su... Même pas deux minutes après notre arrivée, les nuages se sont pointés, et nous n'avons rien pu voir d'autre!
Mais vraiment, je ne tenais plus sur mes jambes.
Un petit igloo de pierres à ciel ouvert a été construit par différents randonneurs, et nous nous y abritons le temps de manger un peu.
Je ne me vois pas reprendre la marche tout de suite, mais rapidement le froid me glace les os.
Il faut bien repartir, Matthieu m'encourage, je lui interdis désormais de s'en aller avec la bouffe!
Je suis très déçue ne n'avoir pas vu le paysage mieux que ca, mais il ne sert à rien d'attendre plus, c'est désormais un brouillard épais qui flotte sous le sommet, et nous ne verrons rien.
Et nous retrouvons ces joyeux cailloux que je maudit à chaque pas! J'ai envie d'aller vite, pour rejoindre le gîte le plus tot possible, mais je risque bien à chaque pas d'y laisser mon pied!
Je crois que cette photo très ingrate est assez représentative de mon état de fatigue très avancé!
Au détour d'un caillou, je tombe nez à nez avec cette petite chose verte, et je me demande de suite s'il s'agit d'une orchidée. Dans le doute nous la prenons en photo. Et après quelques recherches,
il s'agirait effectivement d'une orchidée du genre Holotrix, mais dont l'espèce n'est pas encore enregistrée.
Je suis fière d'avoir trouvé une orchidée à plus de 2500m d'altitude!
Nous arrivons enfin au gite, et prenons une pause bien méritée. Il fait déjà bien meilleur ici. Benoit m'a dit qui l'on perd un degré tous les 100m d'altitude.
Je m'écroule sur la table de pique nique et refuse de repartir!
Ca doit bien faire 6 heures que nous marchons maintenant!
Mais bon, puisqu'aucun hélicoptère n'a l'air de vouloir arriver pour me ramener en bas, je repart sur mes ptites jambes!
Et cette fois c'est reparti pour les marche!!
A monter c'est très dur des marches, mais à descendre, c'est très désagréable!
Enfin au début ca peut paraitre rigolo et tellement plus facile que de les monter, mais au bout de dix marches, ca devient chiant!
Sauf que nous en avons bien pour trois heure à descendre comme ca!
Benoit avec son genou, souffre à chaque nouvelle marche, et nous multiplions les pauses, ce qui n'est pas pour me déplaire!
Et c'est une descente sans fin.
A chaque fois, je crois reconnaitre tel caillou ou tel arbre, et je me dis qu'on est bientot arrivés, sauf qu'à chaque virage, ce sont de nouvelles marches!
Au passage, nous voyons quelques orchidées, on s'occupe comme on peut en marchant!
Et effectivement, ca n'est qu'au bout de trois heures de desecnte infernale qui nous apercevons enfin la voiture!
J'hésite à courir jusqu'à elle, ou bien m'écrouler là et attendre qu'on vienne me chercher!
Enfin!
Je maudis celui ou celle qui a eu l'idée de cette randonnée, on ne sait même plus qui a évoqué ca en premier!
Mais e sais qu'après une bonne nuit de sommeil, une fois la fatigue eet les courbatures balayés, je serais fière de cet exploit.
9 heures de marche en tout!
Pour une première randonnée, je trouve que c'est pas mal!
Et c'est vrai, quelques mois plus tard, je suis fière de pouvoir dire : "Je l'ai fait!"
Tel Armstrong posant le pied sur la lune, j'ai foulé le sol volcanique du sommet du Piton des Neiges!
Benoit qui vit sur l'île y retournera certainement, mais il fera la randonnée en deux fois!
Et Matthieu est très fier de lui également, et de moi aussi, il ne me pensait pas capable d'un tel effort!
Nous en voilà revenus, mais ne me demandez surtout pas d'y retourner!!