Vendredi 3 octobre 2008

Je profite d'avoir dessiné ce petit croquis pour vous parler d'une jument qui me tenait à coeur.
Elle s'appelait Chipie.
J'avais 14 ans, et j'avais découvert un ranch d'Appaloosas à 5km de chez moi, qui faisait aussi des pensions de chevaux et poneys. Rapidement, j'y fut rendue tous les jours. J'aidais à l'entretien des box, le pansage, et surtout le travail des chevaux. Alors je ne sais pas trop ce que je travaillais, quand je vois mon niveau d'équitation aujourd'hui... disons que j'aidais les chevaux à se dégourdir les jambes!!
C'était pendant l'été, je montais trois à quatre chevaux par jour. Je me rappelle d'Indy, Grand Amour, Appache. Et puis bien sûr Chipie.
Nous étions deux, quelques fois trois à monter, et le matin nous nous partagions les chevaux. Et Chipie ne faisait pas partie des favoris!
C'était une petite jument rondouillette d'1m20 de hauteur au garrot à peu près. Elle était bai brun.
Objectivement, elle n'était pas très belle, avec une crinière trop épaisse d'avoir été coupée au ciseau.
Elle avait une liste blanche qui se rétrécissait au milieu du chanfrein, puis s'élargissait pour dévier complètement sur la gauche et colorer ses lèvres de rose.
Elle avait du blanc dans l'oeil, qui lui donnait un air nerveux, et quand elle était contrariée, je voyais l'extérieur de ses naseaux se retrousser.
A monter, c'était une petite fusée. C'est d'ailleurs ce qui lui valait ce désamour de la part des autres cavaliers.
Oh bien sur j'avais aussi un peu de peine à la canaliser. Mais au fil des semaines une grande complicité naquit entre nous. Je passai de plus en plus de temps à la panser et à lui faire des papouilles.
Elle avait un très bon coup de saut et je prenais plaisir à passer des obstacles d'un mètre avec elle.
Quand je la rentrais au champ, nul besoin de tenir la longe, elle marchait sagement à mes cotés.
Une fois j'ai voulu tester son affection pour moi. Je suis allée la chercher au champ ou elle séjournait avec 5 ou 6 congénères. Mais au lieu d'aller la voir, je suis allée faire une caresses à tous les autres chevaux. Le résultat ne se fit pas attendre. Quand je m'approchai d'elle, elle retroussa ses naseau et me tourna le dos.
Je m'en voulu immédiatement de lui avoir fait subir ce test et la couvrit de calins.
Je suis même partie en concours avec elle. Le souci, c'est qu'elle n'était pas franchement habituée à tout ce monde, tous ces chevaux et tout ce bruit. Ajoutez à cela que j'étais pétrifiée de trac et que je le lui transmettai, je n'ai jamais réussi à finir un parcours d'obstacles!
Mais néanmoins je l'adorais.
Septembre est arrivé. Je continuais à aller au ranch dès que je pouvais.
J'y ai de bons souvenirs de balades.
En octobre l'Authion était en crue, et nous passions à travers champs les sabots dans l'eau.
Une fois, Patricia, la propriétaire avait amené sa fille de 5ans avec nous sur un shetland, mais un passage était tellement profond que la ponette n'avait plus pied, et Patricia a du hisser sa fille avec elle pendant que la ponette traversait en nageant! J'avais de l'eau jusqu'au bottes sur ma Chipie.
Une autre fois nous étions au trot dans un champs de peuplier, toujours les sabots dans l'eau, et nous plaisantions sur l'éventualité de chuter quand Alicia, l'une des cavalière a mis la plaisanterie en pratique!
Nous faisions de grandes balades tous ensembles. Quand un long chemin dégagé se présentait à nous, nous nous cramponnions et partions au grand galop, crinière au vent.
Ce fut presque une année de bonheur. Cette jument, avec tous ses défauts, je l'avais dans la peau.
Et puis au mois d'avril, je me proposais au collège pour accueillir chez mois pendant un mois une étudiante irlandaise qui suivrait les cours avec nous. Aisling.
C'était une jeune fille très sympathique, nous nous entendions très bien. Je suis même allée chez elle par la suite.
Mais elle n'était pas spécialement branchée chevaux, et j'ai du espacer mes visites au ranch, pendant qu'un drame s'y préparait. Un drame pour moi, pas pour Patricia.
Elle s'appretait à déménager à 60 km de là.
Je voulais l'aider dans son déménagement, mais avec Aisling à la maison, je n'étais pas si disponible.
A t'elle crue que je n'avais pas voulu l'aider ? Je n'en sais rien, toujours est il qu'après son déménagement, je n'ai plus eu de nouvelles d'elle, et je n'ai jamais revu Chipie.
Pourtant trois ans plus tard, avec Agathe, mon amie de toujours, passionnée de chevaux elle aussi, nous décidions d'aller lui rendre visite.
Je réussis à contacter Patricia, et nous voilà parties à Saumur.
Arrivées là bas, des champs immenses, des dizaines de box, la petite entreprise de Patricia semblait bien tourner.
Mais pas de traces de Chipie.
Eh oui, Patricia n'en n'était pas la propriétaire, et depuis qu'elle avait déménagé, elle s'était fachée avec eux, et ils avaient récupéré Chipie.
Elle m'a proposé de prendre leur numéro de téléphone, mais je me voyais mal me pointer chez des inconnus et leur demander à voir leur ponette.
De plus, j'avais peur que ces retrouvailles me fassent plus de mal que de bien.
Car à chaque fois que je pense à elle c'est avec le coeur gros.
Les chevaux ont- ils de la mémoire ? Se souvient elle de la complicité qui nous liait ? Je ne pense pas.
Je ne sais pas si de me revoir elle se souviendrait à nouveau de moi, mais je ne voudrais pas risquer des adieux déchirants, tant pour elle que pour moi.
Elle avait 8 ans à l'époque. Elle doit en avoir 15 aujourd'hui, et doit avoir toujours autant de gaz.
J'espère juste que ses propriétaires s'en occupent bien, qu'ils continuent de la monter régulièrement, et qu'ils lui donnent autant d'affection que je lui en aurait donné si nous n'avions pas été séparées.
Suite à cette visite, Patricia m'invita gentiment à revenir la voir. Je laissai une ou deux fois des messages sur son répondeur pour venir lui faire un petit coucou (d'autant que j'étais rendue en BTS à Saumur) Mais je n'eu jamais de réponse...
C'est le coeur lourd que je finis cet article.
Avant de connaitreChipie, j'aimais les chevaux en général, mais je ne pensais pas qu'il était possible de s'attacher autant à l'un deux, et surtout que cet attachement puisse etre si réciproque.
Ajourd'hui j'ai un nouveau chouchou, c'est Marius. Il ne faudrait pas me proposer d'acheter ce cheval, car j'en serais bien capable. Mais malgré tout, le lien que je commence à tisser avec lui est encore fragile et n'est pas aussi fort que celui que j'entretenais avec Chipie.
Cela faisait longtemps que je pensais à écrire cet article, mais je ne savais comment l'aborder. Même si cela me donne là tout de suite un gros coup de blues, je suis contente d'avoir pu vous faire partager et peur être comprendre cette passion que j'ai pour les chevaux en général, et pour ma regrettée Chipie en particulier.
J'aurais aimé vous montrer une photo d'elle, mais je me suis rendue compte avec regret que les deux seules photos d'elle que j'ai sont floues! Saletés de vieux appareils photos! La technologie avancée n'était pas encore là!
Pour conclure, mais sans vouloir faire pleurer dans les chaumière, voici un extrait du Petit Prince de Saint Exupéry, qui résume tout :
" Qu'est ce que signifie 'apprivoiser' ?
C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie créer des liens...
Créer des liens ?
Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon semblable à cent mille petits garçons.
Et je n'ai pas besoin de toi.
Et tu n'as pas besoin de moi non plus.
Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards.
Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre.
Tu seras pour moi unique au monde. Je serais pour toi unique au monde.
[...]
si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée.
Je connaitrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres.
Les autres pas me font rentrer sous terre.
Le tien m'appelera hors du terrier, comme une musique.
Et puis regarde! Tu vois là bas les champs de blé ?
Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile.
Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ca c'est triste!
Mais tu as les cheveux couleur d'or.
Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé!
Le blé qui est doré me fera souvenir de toi.
Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
S'il te plait, apprivoise moi, dit il."
par Colombobine
publié dans :
Colombobine à cheval
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Un amour de cheval
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